True Story of LTTE Journal Letemps

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the people tamil want to leave the “mouth” of the terrorists Tigres tamil LTTE.

le peuple tamoul veut sortir de la "gueule" des terroristes Tigres tamoul LTTE.

Urgent ! Please ! Today Sri-Lanka, your country and the world need your Help!

Before it is too late! Against the barbarians terrorist activities of the LTTE Tamoul Srilankais which prevails everywhere in the world.

Au secours ! S.V.P. Aujourd'hui le Sri-Lanka, votre pays et le monde ont besoin de votre aide !

Avant qu'il ne soit trop tard! Contre les actions terroristes barbares du LTTE Tamoul Srilankais qui sévit partout dans le monde.

the people tamil want to leave the “mouth” of the terrorists Tigres tamil LTTE.

le peuple tamoul veut sortir de la "gueule" des terroristes Tigres tamoul LTTE.

 

Sri Lanka lundi 27 avril 2009

Prabhakaran, le dernier souffle des Tigres

Colombo a rejeté le cessez-le-feu proclamé par les rebelles tamouls acculés. L'armée sri lankaise veut son trophée: le chef historique des Tigres de libération de l'Eelam tamoul

Assiégés dans le nord-est du Sri Lanka, les derniers rebelles des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) et leur chef Velupillai Prabhakaran ne déposent pas les armes. Invoquant «la crise humanitaire sans précédent» provoquée par les combats, les Tigres ont annoncé un cessez-le-feu unilatéral dans la zone du conflit, réduite à une bande côtière de 10 km², près de Puttumatalan. L'initiative a été qualifiée de «plaisanterie» par les autorités sri lankaises. «Il n'y a pas besoin de cessez-le-feu. Ils (les Tigres) doivent se rendre», a commenté le secrétaire à la Défense, Gotabaya Rajapakse, le frère cadet du président Mahinda Rajapakse.

Excédé par des décennies de conflit ethnique, Colombo soupçonne l'offre des rebelles de cacher une tentative de réorganisation. Résistant à de lourdes pressions internationales, les autorités font donc la sourde oreille à la proposition d'une trêve pour secourir 50?000 civils tamouls encore piégés dans les affrontements. Cela malgré le bilan astronomique de 6500 civils tués depuis fin janvier et quelques milliers de soldats et de rebelles morts au combat. Dans cette guerre sans merci, Colombo refuse d'interrompre les assauts de ses troupes tant que les Tigres ne seront pas anéantis.

Car les forces armées convoitent le trophée de la victoire: «Prabhakaran». «Nous l'avons manqué d'un cheveu», a confié vendredi le brigadier Shavendra Desilva. Agé de 54?ans, le chef rebelle serait bien dans la zone des combats, entouré de fidèles et de son fils aîné Charles Anthony. Ayant abandonné leurs uniformes, 300 irréductibles rebelles se cacheraient parmi les civils. Prabhakaran, dont la physionomie est trop reconnaissable, tenterait de fuir l'île en sous-marin. D'autres sources évoquent la possibilité d'un suicide en masse des cadres du LTTE, puisqu'ils portent une capsule de cyanure autour du cou afin d'éviter d'être capturés vivants. En dernier recours, Velupillai Prabhakaran aurait même exigé de sa garde la promesse de l'abattre.

Entré en clandestinité à l'âge de 19 ans, le «chef suprême» a déjà échappé à maints assassinats. Né en 1954 dans la péninsule de Jaff­na, il est le cadet d'une famille de quatre enfants. Etudiant timide, sa révolte d'inspiration marxiste prend corps face aux discriminations des Cinghalais bouddhistes à l'encontre de la minorité tamoule hindoue. «Nous n'avons pas d'autre choix que de lutter pour notre liberté», a-t-il martelé, défendant la création d'une «patrie tamoule indépendante». En 1972, il fonde les Nouveaux Tigres tamouls. Il organise l'assassinat du maire de Jaffna en 1975 et crée le LTTE en 1976. A partir de 1983, les Tigres lancent leur insurrection. Le début d'une sale guerre: disparitions, attentats et assassinats, perpétrés par les deux camps. Les affrontements coûtent la vie à plus de 70?000 Sri Lankais.

En 2002, Prabhakaran sort de l'ombre au cours d'une spectaculaire conférence de presse pour annoncer son engagement dans un processus de paix. Ses critiques lui reprochent d'avoir accepté le cessez-le-feu dans le seul but de réarmer le LTTE. D'autres avancent qu'il a tout tenté pour la paix, renonçant à l'idée d'un Etat tamoul au profit d'un fédéralisme négocié. Mais à partir de 2006, après l'élection du président nationaliste Mahinda Rajapakse à Colombo, le conflit s'embrase à nouveau et l'armée se lance dans une reconquête des terres rebelles.

Une série de revers affaiblit Prab­hakaran: Anton Balasingham, l'idéologue modéré, décède d'un cancer à Londres, et S. P. Thamilselvan, responsable de l'aile politique, est tué dans un bombardement. Sans compter qu'en 2004 la trahison du colonel Karuna, qui a rejoint Colombo pour y jouir d'un poste de ministre, bien que soupçonné d'exactions. Mais les Tigres restent un mouvement redoutable, inscrit par les Etats-Unis et l'Union européenne sur la liste des organisations terroristes.

Marié et père de trois enfants, le chef rebelle n'hésite pas à recruter des enfants soldats. Stratège fasciné par Alexandre le Grand et Napoléon, il est perçu par certains en meurtrier mégalomane. Ce féru d'arts martiaux a inculqué à ses combattants le sacrifice militaire, et les Tigres ont perpétré plus d'attaques-suicides que les groupes islamistes. Ils ont éliminé deux chefs d'Etat et de gouvernement: le premier ministre indien Rajiv Gandhi en 1991 et le président Ranasinghe Premadasa en 1993.

Haï ou vénéré, Prabhakaran est une légende. «Son personnage est une pure création de la propagande», assure Karuna, le traître. Mais pour d'autres, il s'incarne en Suriya Thevan, «le dieu Soleil». Des films, posters et chansons le dépeignent en héros, et la riche diaspora se charge d'aider le «Petit Frère» à constituer un trésor de guerre. Et depuis trente ans, éliminant ses rivaux internes, il monopolise la «cause tamoule». Ces derniers mois, il a forcé son peuple à suivre le repli de ses troupes, utilisant les populations comme bouclier humain et les précipitant dans sa chute. Avant de décider un ultime répit, agité avec la proposition d'un cessez-le-feu.

 

 

 

Sri lanka mercredi 29 avril 2009

Les Tigres, de la guérilla la plus sophistiquée à un quarteron reclus dans la jungle

Caroline Stevan

Traquée par l'armée, la rébellion tamoule serait en train de vivre ses derniers jours. Origine et caractéristiques

On ne leur donne que quelques jours, quelques semaines tout au plus. Acculés par l'armée sri lankaise, les Tigres tamouls seraient en train de rendre leur dernier souffle. Rappel des caractéristiques de cette guérilla longtemps présentée comme la plus féroce et la mieux organisée du monde.

Les prémices du combat

Considérée comme mieux éduquée et plus anglophone que la communauté cinghalaise, la minorité tamoule de Ceylan (15% de la population) a été largement favorisée par l'occupant britannique. A l'indépendance de l'île en 1948, les Cinghalais reprennent les commandes de l'Etat et commencent à brimer l'élite déclassée. En 1956, le cinghalais est reconnu comme l'unique langue du pays; c'est le début de la lutte. Les attaques anti-tamoules alimentent les rangs de la rébellion. Parmi la jeune génération de combattants émerge Velupillai Prabhakaran. Agé de 22 ans en 1976, il fonde les Nouveaux tigres tamouls, qui deviendront en 1976 les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE). D'obédience marxiste, le groupe vise avant tout l'indépendance de la zone tamoule, située au nord de l'île.

Les méthodes

Les Tigres commencent par de petites attaques ciblées, de postes de police notamment, avant de pratiquer les éliminations politiques à grande échelle. En 1975, le maire de Jaffna est assassiné. Suivront de nombreux élus, quelques ministres, le chef du gouvernement indien Rajiv Gandhi en 1991 et le président sri lankais Ranasinghe Premadasa en 1993. Les autres mouvements tamouls sont éliminés avec autant de méthode. La guérilla remet la pratique kamikaze à la mode, notamment en utilisant des femmes. «Avec plus de 450 attentats-suicides en un quart de siècle, on peut dire qu'ils ont industrialisé cette technique», relève Olivier Guillard, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris. A cela s'ajoute un arsenal plus conventionnel: les Tigres sont la seule rébellion du monde à posséder leur flotte et quelques avions. «Il y a trois ans encore, cette guérilla était la plus opérationnelle et la mieux entraînée de la planète», note Olivier Guillard. Les troupes, ainsi, sont scindées en plusieurs corps, des Black Tigers, qui commettent les attentats-suicides, aux Sea Tigers, qui commandent les bateaux.

«Au-delà de la sophistication de leurs explosifs ou de la précision de leurs tireurs d'élite, on peut noter l'immense cruauté de leurs méthodes, souligne de son côté Jean-Vincent Brisset, expert militaire, également chercheur à l'IRIS. On leur prête notamment la pratique du «barbecue tamoul», soit un Cinghalais mis entre deux pneus à qui l'on boute le feu.» Les Tigres, en outre, sont réputés pour porter toujours sur eux une capsule de cyanure, à avaler en cas de capture. «Le sens de l'héroïsme et du sacrifice est très présent dans la culture tamoule. Velupillai Prabhakaran les a poussés à l'extrême», analyse Eric Meyer, vice-président de l'Inalco (Institut parisien des langues orientales) et spécialiste du Sri Lanka.

Structure de l'organisation

Velupillai Prabhakaran reste le leader incontesté. Le mouvement entier tourne autour de lui. On le dit mégalomane, exclusif et mortifère. Outre les cadres du mouvement, les LTTE sont composés de nombreux soldats, souvent recrutés en exerçant une certaine coercition parmi la population tamoule. «Dans les territoires contrôlés par les Tigres, chaque famille a plus ou moins l'obligation de sacrifier un membre à l'organisation, souvent un enfant», note Alan Keenan, analyste à Colombo pour International Crisis Group. Nombre de mineurs ont été enrôlés dans la guérilla. La rumeur veut que beaucoup d'orphelins aient été «pris» après le tsunami de décembre 2004. «Les Tigres ont fondé des orphelinats après le raz-de-marée. Ces foyers ont pu être des lieux d'embrigadement, tout comme les écoles, mais ce n'est pas une politique systématique», tempère Eric Meyer. Les LTTE ont créé une sorte de petit Etat dans les territoires qu'ils contrôlent, avec leur police, leur système légal ou encore leurs impôts.

Le financement

Les LTTE sont largement abreuvés par la diaspora, là encore de façon plus ou moins volontaire; une taxe mensuelle est prélevée chez les Tamouls de l'étranger. L'autre source de financement est d'origine criminelle, trafic d'armes et racket en tête.

Les soutiens

La diaspora, donc, joue un rôle énorme, tant en termes financiers que pour mobiliser l'opinion publique internationale. Des manifestations de soutien à la cause tamoule sont régulièrement organisées. Tyrannisée par les Tigres, la population tamoule du Sri Lanka semble continuer à les soutenir, ouvertement au moins. «Ils n'ont guère d'autre choix, dans leur esprit, ce sont les LTTE ou le gouvernement! Ayant éliminé tous leurs rivaux, les Tigres sont les seuls à défendre la cause tamoule», argue Alan Keenan. Les LTTE, encore, ont bénéficié d'un appui indien, dans les années 1980 notamment. Beaucoup de cadres du mouvement se sont exilés un temps dans le Tamil Nadu tout proche. La signature d'un accord entre New Delhi et Colombo en 1987, pour mettre un terme au séparatisme, a rompu les relations. L'Inde a déployé ses troupes au Sri Lanka, contre les Tigres.

La débâcle

Bombardés sans relâche par l'armée sri lankaise, les Tigres sont actuellement cantonnés à une zone de 10 km², dans le nord-est de l'île. «Une série d'erreurs stratégiques ont mené l'organisation à cette impasse militaire: le classement dans la liste noire des organisations terroristes (2006), qui a fait que l'on s'est intéressé de près au financement des LTTE, l'assassinat de Rajiv Gandhi, qui a amputé le mouvement du soutien indien, la surveillance des côtes relachée…», énumère Eric Meyer. «Le départ de Karuna, numéro deux des Tigres qui a rejoint le gouvernement en 2004, a entraîné la désertion de nombreux cadres. Cela a été le début de la fin», avance de son côté Eleonor Pavey, spécialiste du Sri Lanka, à Genève. Enfin, un nouveau gouvernement a été mis en place à Colombo, avec la volonté d'en découdre. Les moyens octroyés à l'armée ont été multipliés depuis 2005. Estimés entre 5000 et 10?000 membres il y a encore peu, les Tigres ne seraient plus que 300 à 500 selon le gouvernement, 1500 à 2000 selon des observateurs.

L'avenir

Velupillai Prabhakaran aurait demandé à ses gardes de l'abattre en dernier recours. Il aurait également désigné un dauphin, Kumaran Pathmanathan, fournisseur d'armes surnommé KP, naviguant entre la Thaïlande, la Malaisie et l'Europe. L'armée viendra vraisemblablement à bout des Tigres. Mais si la «solution» reste uniquement militaire, la question tamoule risque bien de ressurgir, de la jungle ou de l'étranger.

(True Story of LTTE from Journal Le temps le 29.04.2009)

 

sri lanka samedi 9 mai 2009

Mahinda Rajapaksa, l’intraitable pourfendeur des Tigres tamouls

Angélique Mounier-Kuhn

 

Le président a promis de débarrasser l’ancienne Ceylan du terrorisme des LTTE. Habile communiquant, il n’a pas toujours été partisan de la guerre à outrance
Mahinda Rajapaksa, 64 ans, est homme à soigner son apparence. Une réminiscence peut-être de l’époque furtive où il joua les seconds rôles au cinéma. Moustache et cheveux lustrés, le président du Sri Lanka a fait de l’écharpe rouge, traînée sanguine sur ses chemises immaculées, sa marque personnelle: élégante et reconnaissable par tous.
Mais même pour l’homme fort de l’île asiatique de 20 millions d’habitants, la maîtrise de l’image a des limites. Il est devenu le chef d’Etat le plus soumis à la pression des nations occidentales. Elles l’exhortent, depuis que Colombo a percé les derniers retranchements des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), d’instaurer un cessez-le-feu pour ménager la vie des milliers de civils tamouls piégés dans le feu des ultimes combats.
Mahinda Rajapaksa fait le gros dos. Il refuse net de baisser la garde tant que l’ennemi tressaille encore. Récemment, il s’est même crânement agacé de cet Occident «faiseur de leçons» qu’il renvoie à ses débâcles irakienne ou afghane. «Il est très extraverti. C’est un séducteur, mais il peut être brutal, se remémore un ancien observateur étranger à Colombo. Il a des idées très arrêtées.» Et un projet capital: parachever d’une victoire totale «sa» guerre contre le terrorisme, celui des Tigres dont la férocité tourmente le pays depuis trois décennies. «Aussi longtemps que l’organisation terroriste existe, il n’y aura pas de négociation réussie», clamait-il en 2007 sur la chaîne Al- Jazira. Peu de temps après, en janvier 2008, il abrogeait le cessez-le-feu conclu sous l’égide de la Norvège en 2002. Mais Mahinda Rajapaksa n’a pas toujours été le héraut d’un credo maximaliste.


Originaire du sud pauvre et délaissé du pays, terreau du nationalisme cingalais, il aime à rappeler qu’il n’appartient pas aux élites intellectuelles et anglophones qui ont façonné la politique de l’ancienne Ceylan depuis l’indépendance en 1948. Jusqu’à en forcer le trait en se portraiturant en «hommes des masses» de centre gauche sur son site internet. Avocat issu de la bourgeoisie rurale, il a marché dans les pas de son père en entrant au parlement en 1970, à 24 ans. En 1994, il décroche son premier portefeuille ministériel. «En tant que ministre de la présidente Kumaratunga, il avait la réputation d’être assez ouvert et modéré», rappelle Alan Keenan, de l’International Crisis Group à Colombo. Lorsque son parti, le Sri Lanka Freedom Party (SLFP), est défait en 2001, il devient chef de l’opposition et se fait l’avocat des droits de l’homme.

Les législatives de 2004 le propulsent premier ministre; un an plus tard, il est candidat à la présidence. C’est alors qu’il corse sa posture. «Son principal adversaire, l’ancien premier ministre Ranil Wickremasinghe, avait lancé le processus de paix en 2002. Mahinda Rajapaksa devait donc se distinguer», rappelle Eleanor Pavey, spécialiste du Sri Lanka à Genève. Il s’allie à deux petits partis, le JVP et le JHU, ultranationalistes et réfractaires à l’apaisement. Mais pour Mahinda Rajapaksa, il n’est encore question que «d’une approche pratique» avec les Tigres. En novembre 2005, alors que les électeurs tamouls suivent en masse l’appel au boycott des urnes lancé par les LTTE, il l’emporte de peu.
«Dès qu’il a été élu, les LTTE se sont mis à attaquer les forces de l’Etat, rappelle Alan Keenan. Après huit mois de réponse mesurée, le président a répliqué à ces provocations en relançant les opérations militaires à grande échelle.» Il l’a fait avec une détermination dont il ne s’est plus départi, dilatant le budget de la défense, s’émancipant d’un Occident sourcilleux de droits de l’homme pour cultiver soutiens diplomatiques et assistance financière en Asie (Chine, Japon, Pakistan, Inde) et chez les non-alignés (Libye, Iran). En exaltant aussi la fibre nationaliste cingalaise: «Le moral de l’armée était bas, avec de nombreuses désertions. En remportant d’abord de petites victoires, il l’a redressé. Et en menant une grande campagne médiatique sur l’action militaire, il a entraîné derrière lui la population», ajoute Eleanor Pavey.


Il n’y est pas parvenu seul. Trois de ses frères, dont Gotabhaya, secrétaire à la Défense, constituent le noyau dur d’un gouvernement pléthorique. Au côté du chef des armées, Sarath Fonseka, et d’une poignée de faucons, ils sont les têtes pensantes de la lutte contre les LTTE dont la fin, l’anéantissement, semble justifier les moyens: bombardements indiscriminés, propagande, déni de la justice… Le triomphe militaire en cours auréole leur tactique. Mais quels projets et quelles méthodes réservent Mahinda Rajapaksa et son clan au Sri Lanka de l’après-guerre?


 

SrI Lanka mardi 7 avril 2009

Les étrangers accusés d'être des «Tigres blancs»

Vanessa Dougnac

 

Les acteurs humanitaires occidentaux sont soupçonnés de favoriser la cause tamoule

Pourquoi la guerre au Sri Lanka est-elle confinée au silence de la communauté internationale? Pourtant, dans le nord, l'armée sri lankaise régulière multiplie les assauts contre les derniers rebelles des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE). Les stratégies de l'armée et des Tigres mettent en danger 40?000 à 150?000 civils tamouls qui, piégés en zone de combat, meurent par centaines depuis fin janvier. Selon les Nations unies, des «crimes de guerre et des crimes contre l'humanité» se profilent de part et d'autre.

Chantage, restriction d'accès

Sur place, les acteurs humanitaires occidentaux sont bâillonnés, soumis au chantage des restrictions d'accès dès que leur attitude déplaît aux autorités de Colombo. «Nos déclarations sont systématiquement utilisées pour nous mettre en cause», déplore la responsable d'une agence internationale. Le malaise est tel qu'une organisation caritative, dont des employés sont bloqués dans la zone de combat, préfère ne pas alerter publiquement. Après sa visite, Esko Kentrschynskyj, le délégué de l'agence humanitaire européenne ECHO, s'est vu obligé de clarifier: «Nous ne sommes pas contre le gouvernement.»

Les étrangers sont soupçonnés d'être des «Tigres blancs», c'est-à-dire de favoriser la cause tamoule. Les récents propos du porte-parole du Ministère de la défense sont édifiants: il accuse une «odieuse coalition» de l'aide internationale «qui protège les terroristes». «En capturant les bunkers des Tigres, nos soldats ont trouvé du matériel de l'agence onusienne du Programme alimentaire mondial», dénonce un diplomate sri lankais.

«C'est une stratégie pour discréditer la communauté internationale, rétorque le directeur d'une organisation non gouvernementale (ONG) britannique. Les modérés sont perçus comme des gêneurs.» Les autorités font fi du droit international sur la pro­tection des populations. Avec 14?journalistes assassinés en deux ans au Sri Lanka, peu se risqueront à critiquer ces manquements.

Issu du rejet de la domination coloniale, le courant anti-occidental a influencé le nationalisme bouddhiste et cinghalais. En vingt-cinq ans de guerre civile, le Sri Lanka a mis en déroute toutes les bonnes volontés des grandes puissances. Les tentatives de médiation, initiées par l'Inde ou par la Norvège (dont les émissaires étaient qualifiés de «Tigres blancs»), se sont soldées par des échecs. A cela s'ajoute la fureur de Colombo face aux sympathisants du LTTE qui ont bénéficié de l'«asile politique» en Europe et collecté des fonds pour la rébellion.

Après le tsunami

Ces sentiments se sont exacerbés après le tsunami de décembre 2004. «Les Blancs ont été manipulés par le LTTE qui s'est servi dans les caisses du tsunami pour se réarmer», explique Dharmalingam Siddarthan, leader de l'Organisation de libération du peuple de l'Eelam tamoul. De leur côté, les autorités en ont aussi profité pour convoiter les dons et mieux contrôler le littoral. Y a-t-il eu un lien entre l'une des plus grandes donations de l'histoire humanitaire et la reprise de la guerre en 2006? Nul ne le sait, mais les maladresses des ONG n'ont rien arrangé. Au final, seule la moitié du 1,13 milliard de dollars de l'aide internationale a été dépensée; les reconstructions ont été abandonnées et la plupart des ONG ont plié bagage. La générosité occidentale s'intéressait au tsunami, non pas à une guerre dont les enjeux ethniques échappent le plus souvent aux donateurs.

Entre la Chine et l'Inde, dont la rivalité régionale motive de bonnes relations avec Colombo, se glisse cependant le rôle discret de Washington, intéressé par l'ouverture maritime du Sri Lanka. Les Etats-Unis vendent des armes au Sri Lanka, comme la Grande-Bretagne, la Chine, l'Inde, le Pakistan et Israël. Dès janvier 2006, Washington avait indiqué son soutien à la reprise de la guerre. Depuis, Colombo n'a eu de cesse de s'inscrire dans une «guerre contre le terrorisme». Un discours qui attire les sympathies internationales et permet de continuer l'assaut militaire. En toute impunité.

 

Monde 29 avril 2009

Paris et Londres n'ont pas obtenu de trêve

AFP

David Miliband et Bernard Kouchner sont venus réclamer un cessez-le-feu «humanitaire». (AFP)

Les ministres des Affaires étrangères britannique David Miliband et français Bernard Kouchner, en visite aujourd'hui au au Sri Lanka n'ont décroché ni trêve dans l'offensive contre les rebelles tamouls, ni accès humanitaire aux civils piégés dans les combats.

«Nous avons essayé très fort, nous avons insisté sur un accès à la (zone de guerre), mais c'est à nos amis de l'autoriser ou pas», a déclaré Bernard Kouchner, visiblement tendu, lors d'un point de presse après de longs entretiens avec son homologue Rohitha Bogollagama.

David Miliband a confirmé que les pourparlers avaient échoué, précisant à l'adresse de Colombo que les appels à un cessez-le-feu «humanitaire» visaient «uniquement à sauver les civils» et non les rebelles tamouls. «Personne dans la communauté internationale n'a jamais appelé à un cessez-le-feu afin de sauver Prabhakaran», le chef des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) que l'UE et les Etats-Unis considèrent comme une «organisation terroriste», a insisté le chef de la diplomatie britannique. David Miliband, dont le pays est l'ex-puissance coloniale, a qualifié le Sri Lanka de «pays fier, indépendant et démocratique (qui) a terriblement souffert du terrorisme».

Appel au cessez-le-feu

David Miliband et Bernard Kouchner sont venus réclamer officiellement un «cessez-le-feu humanitaire, qui pourrait épargner les 50 000 civils coincés dans la région du conflit, une bande côtière de six km2 dans le nord-est. Paris et Londres devaient «réitérer les appels de la communauté internationale au cessez-le-feu, au respect du droit international humanitaire et à la protection des civils», avait dit mardi le ministère français des Affaires étrangères.

Les deux hommes sont ensuite partis -avec une poignée de journalistes, dont un photographe de l'AFP- à Vavuniya, à 80 km au sud-ouest de la zone de guerre, où vivent 200 000 réfugiés qui ont fui ces derniers mois. Selon les Nations unies, plus de 100000 personnes ont réchappé du conflit depuis qu'a commencé, le 20 avril, un exode massif de civils tamouls.

Lundi, le chef humanitaire de l'ONU, John Holmes, n'avait pas même pas obtenu de feu vert pour qu'une équipe humanitaire entre dans la poche des insurgés coupée du monde. D'ailleurs, le département d'Etat américain s'est dit «très préoccupé» par des informations faisant état de bombardements contre cette enclave.

Victimes civiles

Un site internet proche du LTTE, Tamilnet.com, a accusé l'armée de continuer à pilonner la région, en dépit de sa promesse de ne plus le faire et de se cantonner à des «opérations humanitaires». Les militaires affirment avoir «sauvé» 113 000 personnes en une semaine. Mais selon l'ONU, plus de 6500 civils ont probablement déjà été tués et 14 000 blessés depuis le dernier coup de butoir de l'armée en janvier dans un Nord-Est aujourd'hui dévasté.

Le voyage de MM. Miliband et Kouchner se déroule dans un climat diplomatique tendu. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, bon connaisseur du pays et qui devait faire partie de la visite, s'est vu refuser mardi d'entrer dans l'île. Une décision qualifiée de «grave erreur» et de «lamentable» par l'UE.

Persuadé d'être tout près de la victoire militaire, le Sri Lanka reste sourd aux exhortations internationales, essentiellement venues des Occidentaux, quant à sa manière de conduire son conflit contre les Tigres.

Jusqu'à sa débâcle militaire, le LTTE luttait pour fonder un Etat indépendant dans le nord et l'est de cette île plutôt prospère de 20 millions d'habitants, mais saignée par une guerre séparatiste qui a fait plus de plus de 70 000 morts en 37 ans.

 

Sri lanka mercredi 22 avril 2009

L'offensive finale contre les Tigres vire à la tragédie

Angélique Mounier-Kuhn

Colombo a percé le dernier retranchement des rebelles. Le Comité international de la Croix-Rouge évoque une situation «catastrophique» pour les civils

Combien sont-ils encore? A peine quelques centaines, comme le clament les autorités sri lankaises, ou plusieurs milliers? Personne n'est en mesure de dire ce que pèsent aujourd'hui les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE). Pourtant, le doute n'est plus permis. Invincibles depuis vingt-cinq ans, ils apparaissent aujourd'hui à l'agonie. Dans quelques jours, voire quelques heures, les autorités de Colombo seront en mesure de proclamer la victoire finale sur la rébellion séparatiste. Mais d'ici là, et alors que plusieurs milliers de civils sont déjà morts depuis la mi-janvier, combien d'autres payeront de leur vie les ultimes combats entre l'armée et les Tigres?

Vers une hécatombe

La communauté internationale envisage avec effroi la perspective d'une hécatombe depuis que l'armée a opéré, lundi, une percée décisive dans le dernier bastion de la guérilla, une bande de terre d'une douzaine de km² située au nord-est du pays, en bordure de l'océan Indien. Fort de cette avancée, le Ministère de la défense avait donné vingt-quatre heures à Velupillaï Prabhakaran, le chef des Tigres, et à ses lieutenants pour se rendre. Cet ultimatum a échu mardi en milieu de journée, sans réponse des insurgés dont l'appel à une trêve durable avait été balayé par Colombo la semaine passée.

A force de déplacements ces derniers mois, de 150?000 à 200?000 civils ont été acculés dans cette poche, grande comme le cœur de Genève, où ils ont servi de boucliers humains aux Tigres contre les tirs d'artillerie de l'armée. Selon les autorités, la brèche percée lundi aurait permis à plus de 60?000 d'entre eux de fuir le secteur pour rallier des zones sous contrôle gouvernemental.

Aucun média n'est présent sur les lieux pour vérifier cette affirmation. Le gouvernement a diffusé ses propres images de colonnes interrompues de réchappés hagards. Une opération de «sauvetage» dont se félicite Colombo, qui évalue à 20?000 le nombre de civils toujours coincés. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) estime pour sa part que 50?000 personnes sont toujours piégées dans le périmètre des combats.

«Situation extrême»

«Je n'ai pas le souvenir d'une situation aussi douloureuse et extrême», s'est alarmé mardi Pierre Krähenbühl, le responsable des opérations de l'institution genevoise. «Non seulement le conflit se poursuit, mais il s'intensifie. Toutes ces personnes, concentrées sur un territoire aussi exigu et sans voie de sortie sont exposées à un risque immédiat, pour leur sécurité ainsi que pour leur vie. Le moindre tir de roquette ou de mortier blesse ou tue des civils», martèle-t-il.

D'après lui, un millier de blessés civils ont besoin d'être secourus dans la zone de combat. Tous les autres sont en manque d'eau, d'alimentation et de médicaments. Le CICR a lancé un appel solennel pour que les belligérants prennent des «mesures exceptionnelles de précaution». Il demande aux Tigres de laisser les civils sortir de la zone et aux forces gouvernementales de distinguer les civils et leurs objectifs miliaires. L'International Crisis Group (ICG) a pour sa part préconisé «une pause humanitaire» pour permettre l'évacuation des civils sous le contrôle du CICR et de l'ONU. L'administration américaine a elle aussi appelé les adversaires à ménager les civils. Mais les observateurs doutent que, si proches de la victoire, les autorités se plient à ces appels.

De son côté, Human Rights Watch a pressé la communauté internationale d'endosser elle aussi ses responsabilités. «Il est grand temps que la crise humanitaire soit officiellement inscrite à l'agenda du Conseil de sécurité [de l'ONU]», note l'ONG américaine.

Pour l'heure, en dépit d'une mobilisation véhémente de la diaspora tamoule, ce dernier n'a consacré qu'une cession informelle à la crise sri lankaise, il y a une quinzaine de jours.